petit projet graphique 3
vers un graphisme performatif ?
thème de travail initié par Sarah
Questionnement :
Comment les conditions de production du VJing peuvent-elles remodeler le processus créatif du graphiste ?
Le VJing est une pratique artistique qui consiste à manipuler des images en temps réel, généralement rythmé par de la musique. L’image en mouvement devient un passage obligé pour les designers graphiques, confrontés à la prolifération des écrans dans nos espaces quotidiens. Si le graphisme est empli de sémantique, régie par des conceptions et des méthodologies précises, le VJing, lui, s’étend au-delà du rationnel. Il est intuitif, se joue des règles et tire profit de l’improvisation. Le VJing apparaît donc comme une boîte à outil formelles et techniques capable d’offrir de nouvelles perspectives de créations et de faire émerger de nouvelles formes.
En prenant la position d’un graphiste qui cherche à repenser son processus de création, vous envisagez de réaliser un projet à partir d’une sélection de cinq images minimum, de quelques natures qu'elles soient (en mouvement ou fixe, peinture, illustration, extrait vidéo, archive personnelles, etc.).
Votre objectif est d’engager une réflexion sur la narration que vous voulez créer à partir de ces images, en y ajoutant à votre guise tous les effets imaginables que vous avez sous la main pour intervenir sur celles-ci. (Gardez quand-même en tête que l’un des fondements du graphisme, c’est le lien qui existe entre le message et l’image/la forme pour créer une narration tangible).
Puisque le VJing est une pratique où l’erreur est permise, tirez-en partie au maximum. L’aléatoire, le hasard, sont des notions desquelles nous allons nous inspirer. À la moitié de votre projet, vous échangerez celui-ci avec un autre binôme, sans avoir de consignes préalables, pour terminer ce projet.
Afin de démocratiser votre pratique de graphiste et de rendre compte de votre questionnement, votre projet final doit donner à voir les étapes de la méthode que vous avez adopté : votre processus créatif. Celui-ci doit faire partie intégrante de votre projet et devra être justifiée.
Vous n’êtes nullement dans l’obligation de rendre un format numérique. L’intérêt de ce projet est également de repenser la lecture et la position du lecteur face à une production graphique. Vous pouvez proposer différentes façons d’engager le corps lors de votre restitution. Au besoin, vous avez la possibilité de guider votre projet par un morceau de musique de votre choix.
durée : 9h00 / dates : 6 et 13 octobre 2023
Romy & Samuel
Problème
Le VJing ne rend pas toujours compte de son processus créatif.
Problématique
Comment, en intégrant la pratique VJing dans le processus créatif, peut-on créer une histoire à partir d’une seule image ?
Recherche
Nous avons réfléchi à la façon dont nous pouvions à la fois développer une histoire et un processus de création visible, en développant un protocole de production :
1 - Sélectionner une image.
2 - Lui faire subir l’effet de notre choix (exemple : mise en noir et blanc).
3 - Photographier le processus appliqué.
4 - Prendre cette nouvelle photo, lui appliquer l’effet précédent.
5 - Ajouter un nouvel effet.
6 - Répéter les étapes 3 à 5 à l’infini.
Nous obtenons ainsi deux séries de visuels, l’une comportant les effets et l’autre rendant compte du processus de création.
vs Jean Baptiste & Tess
Réception du projet de Romy et Samuel
Nous avons reçu un ensemble de cinq images composé de photographies et de scans ainsi qu’un pochoir ayant servi sur l’une de ces images. Nous avons réceptionné ces images comme un récit.
Ce supposé récit nous avons choisi de le prolonger sous la forme d’une enquête. Cette dernière avait pour but de remonter à la source du récit original ; une image de chat. Cette enquête permit également de retracer les procédés graphiques ayant été utilisés par l'équipe précédente : impression sur des formats A3 exclusivement en noir et blanc, notion de mise en abîme et utilisation d’un pochoir. Nous avons repris ces principes avec de nouvelles images et nous y avons ajouté les codes d’une enquête policière grâce à la comparaison de « pièces à conviction » reliées entre elles sur un tableau avec des fils rouges. Cette prolongation d’un récit dans une recherche de sens est appuyée par une mise en scène finale présentant le cheminement de l’enquête sur le même tableau ayant déjà servi précédemment pour accentuer la mise en abîme. L'enquête se termine par la recherche de l'image du chat d'origine. C'est une fin ouverte laissant imaginer une potentielle prolongation en reprenant un principe similaire au notre.
À la façon d’un Vj qui devrait s’adapter à des images qui lui sont données sans contexte, nous avons pris le parti de faire prévaloir la recherche de sens sur la forme en ne nous détachant pas du format proposé par Romy et Samuel et en imaginant une suite à leur récit.
Axelle & Sarah
Problème
Les studios de graphisme mettent généralement en valeur leurs productions une fois terminées. Le processus de création n’apparaît pas souvent alors qu’il représente la majorité du travail.
Problématique
Dans quelle mesure pouvons-nous présenter un studio via son processus de création ?
Recherche
Pour ce projet, nous sommes parties de l’idée d’introduire le site web d’un studio de design avec une vidéo. Ce médium présente des captures d’écrans vidéos des ordinateurs des membres du studio. Ainsi, elles rendent compte des outils employés par le studio. Ce médium présente à la fois le domaine de compétence du studio et un aperçu des projets en cours de réalisation (au moment de la captation). Ainsi on peut apercevoir autant des essais de compositions que des méthodes de travail.
vs Emma-Jade & Jeanne
Réception du projet d’Axelle et Sarah
Nous avons perçu le travail d'Axelle et Sarah comme une performance, au travers de laquelle l'action, déconnectée d'un résultat finale, fait office de production. À notre tour, nous sommes entrées dans ce jeu en proposant une narration littérale qui intègre la réception de leur production à d'autres actions performées sur nos ordinateurs respectifs.
Jean Baptiste & Tess
Problème
Le Vj peut parfois être amené à exploiter différentes images n'ayant pas de liens entre elles.
Problématique
Comment, à partir de vidéos aléatoires et sans liens, peut-on créer une narration ?
Recherche
Pour aborder ce sujet, nous avons commencé par composer une banque d’image. Pour cela nous avons collecté 5 vidéos sur un site internet proposant des vidéos youtube de façon aléatoire. Ces vidéos allaient d’un chien qui parle à un one man show. Nous avons décortiqué ces vidéos afin de récupérer des samples de moments clés, de mots récurrents ou encore d'effets visuels intéressants. A partir de là, nous avons construit notre narration en faisant se rencontrer ces samples créant ainsi des dialogues et des confrontations inattendues. Enfin nous y avons ajouté des effets sur première afin d’exagérer et amplifier leur sens et créer des résultats inattendus comme de potentiels accidents. L’ensemble nous donne une vidéo narrative dynamique que nous imaginions pouvoir être poursuivie et complétée par la prochaine équipe de graphistes.
vs Corentin & Inès
Réception du projet de Jean Baptiste et Tess
Nous avons reçu une très courte vidéo compilant différents extraits déconnectés les uns des autres, mais assemblés de manière à créer une cohérence. Le montage proposé nous a directement renvoyés à un imaginaire collectif : son dynamisme reprenait tous les codes des vidéos Youtube à visées humoristiques (meme, YouTube Poop, bêtisiers).
Cuts et répétitions, effets colorimétriques, bruitages, déformations sonores et visuelles : nous avons choisi de pousser toutes ces notions à l'extrême afin de créer une expérience totale.
En allant dans le too-much, une expérience similaire au VJing se matérialise par des jeux optiques, sonores et rythmiques.
Emma-Jade & Jeanne
Problème
En performant à la suite de quelqu'un d'autre, le VJ doit travailler à partir d'un univers graphique dont il n'est pas le maitre.
Problématiques
En quoi la multiplicité des propositions d'images, autour d'une idée partagée, mais personnelle, peut-elle induire une narration ? Une fois récupérée, comment cette matière graphique est-elle interprétée et réappropriée ?
Recherche
Ayant travaillé sur la première phase du projet, nous souhaitions proposer une banque d'images, des matériaux graphiques autour d'un ressenti personnel : la transition de l'enfance à l'âge adulte pour les petites filles que nous étions. Ce passage adolescent est exprimé au travers de la contextualisation d'objets emblématiques et stéréotypés de l'enfance. Ainsi, nos images ont été transmises à Sarah et Axelle pour qu'elles puissent – à l'instar des VJs – les récupérer et les réinterpréter pour les diffuser à un public qui, à son tour, pourra en faire émerger un sens différent.
vs Axelle & Sarah
Réception du projet d’Emma-Jade et Jeanne
Nous avons récupéré une vidéo mettant en scène une accumulation d’iconographies appartenant au registre des jouets stéréotypés pour les filles. Face à cette production dont nous n’avions aucune indication de leur intention, le parti-pris a été d’accentuer l’aspect inquiétant de cette accumulation. Nous avons ajouté une musique et joué sur les clignotements et les rotations d’éléments pour donner une impression de déséquilibre morbide où les jouets, censés émerveiller, seraient hantés.
Corentin & Inès
Problème
Le VJing semble fortement cloisonné dans un univers numérique déconnecté de toute réalité tangible.
Problématique
Le VJing étant fortement associé au rythme et au mouvement, peut-on en recréer une narration convaincante au travers d'objets imprimés et d'images fixes ?
Recherche
Nous sommes partis des bijoux ostentatoires dans le hip-hop pour construire notre banque d'images. Deux raisons ont motivé ce choix :
1. Ouvrir le VJing à d'autres styles de musique que ceux issus de la MAO.
2. Rendre compte d'une communauté et d'une culture musicale précise au travers d'un objet éditorial qui génère une expérience unique.
Pour ce faire, nous sommes passés par deux phases :
1. Retravail des images initiales à l'aide d'une superposition de filtres divers (jeux de couleurs, de déformation, de textures).
2. Production d'un flipbook qui, en le manipulant, provoque une animation factice mais envoûtante.
vs Samuel & Romy
Réception du projet de Corentin et Inès
Nous avons reçu un objet éditorial contenant uniquement des images retouchées, et en avons déduit qu’il s’agissait d’un flipbook. Nous avons alors cherché à exploiter ce format animant les images : au travers d’une vidéo, nous avons fait tourner les pages et saisi différents instants de transition entre chacune d’elles.
À partir de ces moments de rencontre, nous avons créé une série iconographique, que l’on imagine pouvoir être développée sur différents formats et supports. Afin de s'ancrer dans un contexte réel et lié au VJing, nous avons utilisé ces visuels pour promouvoir le festival Lille VJ Fest 2023 (flyers du programme).
Questions retenues par Sarah
- Quels sont les différents sens de lecture qui peuvent exister lorsqu'on sort de nos échelles habituelles ?
- Est-il possible de créer sans contexte ni objectif précis (aucun cahier des charges) ?
- La performance est-elle un processus créatif salvateur ou contraignant pour le graphiste ?
- Le son est-il un complément graphique ou une matière superficielle ?
- L'image en mouvement n'est-elle qu'un moyen de lutter contre l'ennui ?
- Comment la collaboration existe-t-elle lorsque la communication préalable entre les différents acteurs est prohibée ?
- Comment créer une narration à partir d'une seule image ?
- L'image cinétique peut-elle être à l'origine d'une identité graphique ?