Questionnement : La ligature, à l’origine, a été conçue pour éviter les collisions entre lettres et caractères, et pour assurer la lisibilité et l’harmonie d’un texte. Elle a ainsi permis une optimisation de l’espace, notamment durant l’Antiquité grecque, lorsque les graveurs, faute de place sur la pierre, ont dû imaginer des solutions pour inscrire l’ensemble de leurs textes. La ligature s’est alors imposée comme le moyen le plus efficace de contourner cette contrainte. Elle est également utilisée pour identifier des individus ou des marques, lorsqu’elle prend la forme de monogrammes, comme c’est encore le cas aujourd’hui. Qui ne reconnaît pas le logo d’Yves Saint Laurent, Louis Vuitton ou encore les doubles G de Gucci ?
De nos jours, la ligature est principalement employée à des fins esthétiques ou décoratives, notamment dans les polices de titrage. Pourtant, elle n’a pas disparu des préoccupations contemporaines : elle a même été utilisée pour répondre à des enjeux récents, tels que ceux de l’écriture inclusive.
Dès lors, comment redonner une fonction à la ligature, en lien avec des problématiques actuelles ? Dans quel contexte pourrait-elle être réinventée et utilisée ?
Nous exclurons bien entendu son utilisation en tant que monogramme, logo ou outil d’image de marque, ainsi que son rôle dans l’écriture inclusive, ces usages étant déjà bien établis. De même, la piste consistant à lier des caractères représentant des phonèmes, bien que pertinente, est écartée, car elle constitue la direction que j’ai choisie pour le macro-projet.
L’enjeu n’est pas de concevoir une typographie ou de créer des ligatures, bien que cela soit tout à fait envisageable. Il s’agit plutôt d’interroger l’utilité et la fonction de la ligature afin de répondre à des problèmes actuels et contemporains.
Citée par Solenne lors de la présentation de sa thématique de recherche : la typographie Adelph d'Eugénie Bidaut…
durée : 10h00 / dates : 22 novembre et 29 novembre 2025
Alice B & Camille
Problème Les poissons des abysses sont peu connus et leurs noms sont difficiles à retenir.
Problématique Comment la ligature peut-elle faciliter l’apprentissage ?
Recherche Notre projet explore comment réinventer la ligature à travers des problématiques actuelles, en la liant à la découverte et à l’apprentissage. En nous inspirant des jeux à relier, nous avons conçu une expérience ludique et pédagogique pour une hypothétique exposition en 2025 sur les espèces abyssales au Muséum d’Histoire Naturelle.
L’idée centrale est de connecter des lettres pour révéler des formes, unissant texte et image. Ce principe s'illustre dans l'affiche de l’exposition, jouant sur l’interactivité, et dans un carnet d’exposition qui accompagne les visiteurs. Le carnet invite à décrypter les noms scientifiques des poissons en reliant des points, évoquant l’exploration minutieuse des profondeurs. Ce dispositif met en lumière des espèces méconnues tout en valorisant l’apprentissage à travers le jeu, accessible à tous grâce à différents niveaux de difficulté.
Anaëlle & Constance
Problème Il est difficile de distinguer les atomes qui composent les formules chimiques des molécules.
Problématique En quoi les ligatures peuvent permettre de rendre les formules chimiques des molécules plus lisibles et digestes ?
Recherche D’après notre propre expérience d’étudiantes en art totalement néophytes du domaine scientifique, comprendre les formules chimiques au premier coup d’œil n’est pas toujours chose aisée. En effet, les formules chimiques des molécules sont composées de plusieurs atomes, chacun étant associé à un symbole comprenant une ou deux lettres correspondant souvent aux premières lettres de son nom. Par exemple, le carbonate de cadmium possède cette formule chimique : CdCO3. Autrement dit, une molécule de carbonate de cadmium est composée d’un atome de cadmium, d’un atome de carbone et de trois atomes d’oxygène.
Ce système de notation peut rapidement générer des formules complexes comprenant beaucoup de lettres et de chiffres mis côte à côte, rendant le tout indigeste et indiscernable pour le non-initié.
Dans le cadre de notre projet, nous avons imaginé que la ligature pourrait permettre d’imager les atomes au sein d’un nom de molécule et ainsi mieux en révéler la composition.
Ce début de projet se destine essentiellement à la communauté scientifique et scolaire, que ce soit pour leurs travaux de recherche ou dans le cadre de l’apprentissage des disciplines scientifiques. Notre système de ligature serait à destination des textes numériques, la réalisation de ligatures pour les noms d’atome en écriture manuscrite apparaissant comme contre-productive. Par conséquent, nous nous sommes basées sur une police d’écriture pré-installée sur les ordinateurs afin qu’elle soit utilisable par tous : la Georgia.
Dans le contexte de ce PPG, pour ne pas réaliser tous les atomes, nous nous sommes concentrées sur une seule catégorie du tableau périodique : les métaux pauvres.
Cet exercice de ligature fut plus complexe qu’envisagé, car il s’agissait de lier une capitale à une bas de casse. Nous avons choisi de faire des ligatures par l’ajout de courbes en évitant de rapprocher les lettres entre elles, pour s’assurer de garder une certaine lisibilité entre chaque caractère.
Dans l’ensemble, notre recherche tend à montrer dans quelle mesure la ligature pourrait s’inscrire dans le domaine scientifique, afin d’aider à la reconnaissance des atomes dans les combinaisons moléculaires complexes.
Notre projet cherche à démontrer en quoi les ligatures pourraient intervenir dans l’écriture comme outil de visualisation, de distinction, et même de vulgarisation scientifique.
Paul & Solenne
Problème Le stockage de messages prend énormément de place sur des serveurs et n’est pas écologique.
Problématiques Comment la ligature pourrait servir à réduire le poids des messages ? L’utilisation d’abréviation identifiable grâce à des ligatures pourrait-elle être une solution ?
Recherche Aujourd’hui, dans notre société que l’on pourrait qualifier d’ultra rapide et de l’ultra information,
on envoie énormément de messages. Ces messages qui finissent stocker sur des serveurs prennent énormément de place, ainsi pour réduire le poids de ces fichiers et pour des raisons écologique, nous avons imaginé que la ligature pourrait servir à lier des caractères qui forment une abréviation.
Nous avons toujours besoin d’écrire plus vite pour gagner du temps et beaucoup de jeunes écrivent déjà de manière abréger. Ainsi, la ligature servirait à l’identification de ces abréviations et éviterait la confusion avec d’éventuelles fautes de frappe. De plus, quelqu’un qui n’aurais pas connaissance de l’existence d’une abréviation comprendrait visuellement que s’en est une grâce à sa forme visuelle (ligature).
Lorsqu’on écrit un message, les abréviation que l’on tape serait alors directement inscrite sous la forme d’une ligature. On imagine qu’on pourrait ou non activé cette fonctionnalité sur notre téléphone en se rendant dans les réglage de celui ci. De même, si ce procédé était appliqué à l’échelle internationale ou mondiale, on pourrait imaginé qu’il existe un traducteur sur internet pour traduire un message écrit à l’aide d’abréviations comme Google Translate. Il est également envisageable que notre téléphone puisse détecter l’abréviation sur laquelle on effectuerait une pression avec notre doigt, afin d’afficher le mot complet.
Pour cela, nous avons alors simulé un échange de messages entre deux personnes. On peut voir que les ligatures apparaissent automatiquement une fois l’abréviation tapé. Nous avons aussi simulé la fonctionnalité qui voudrait que lorsqu’on effectue une pression sur une abréviation pour que celle ci apparaisse dans une bulle au dessus.
Interface de l'application
Alice C & Solène
Problème Lors de sa présentation, Solenne a expliqué que la ligature, historiquement utilisée comme outil de reconnaissance et d’identité, notamment dans les monogrammes ou les marques, devait ici être envisagée différemment.
Problématique Comment interroger la fonction de la ligature hors de ce cadre traditionnel ?
Recherche Notre réflexion s’est alors orientée vers son potentiel symbolique, en explorant la notion de lien. Cela nous a naturellement menées au concept de famille et à la loi française adoptée le 2 mars 2022, permettant désormais aux français de choisir de porter le nom de leur père, de leur mère, ou les deux. En nous appuyant sur cette loi, nous avons conçu une série d’expérimentations autour de la transition et du changement entre deux noms de famille. En utilisant la technique du morphing, nous avons créé des images intermédiaires de ce passage d’un nom à un autre.
Ces ligatures hybrides, issues de la décomposition et de la fusion des noms, ont été regroupées dans une micro-édition. Ce projet questionne ainsi la matérialisation du changement identitaire via la ligature.
Éloïne & Emma
Problème Le langage SMS est très codifié et prend de plus en plus de place dans nos quotidiens, pourtant il n’est pas compris de tous.
Problématique Comment rendre accessible le langage SMS ?
Recherche Pour répondre à cette problématique, nous nous sommes questionnées sur un moyen de faire le lien entre les abréviations du langage SMS et leur écriture complète. Nous avons donc réalisé une série d’expérimentation qui cherchent à révéler les lettres fantômes : créer des glyphes, générer des interactions, etc. Enfin, nous avons cherché un moyen de rendre cet apprentissage plus ludique par le jeu. Deux niveaux existent : le premier est un jeu de mots croisés qui permettent d’associer une définition à une abréviation. Le second est un mot caché qui demande de retrouver les mots entiers à partir de l’abréviation donnée.
Clara & Perrine
Problème Depuis l’arrivée d’internet, les utilisateurs peuvent publier des commentaires injurieux et haineux tout en restant anonyme. Cette cyberviolence vise la plupart du temps les minorités religieuses, ethniques et sexuelles. Certaines plateformes telles que le réseau social X ou encore Reddit deviennent des espaces de conflits à travers lesquels il est difficile de modérer les contenus.
Problématique En quoi l’usage des ligatures peut-il altérer la lecture des caractères et créer un langage codé ?
Recherche En créant des ligatures, nous avons fusionné deux typographies : une pour l’alphabet latin EB Garamond et une deuxième pour l’alphabet Thébain (tiré des livres occultes du XIVe siècle). L’objectif est de concevoir une typographie hybride qui prend la forme d’un code secret. Pour lutter contre la violence en ligne, les utilisateurs peuvent télécharger un add-on sur leur navigateur ou blog dans lequel la typographie codée vient remplacer les contenus offensants. Ainsi, les insultes sont mises en exergue et soulignent la violence des propos. Dans le contexte des réseaux sociaux, où l’attention des utilisateurs est limitée, notre dispositif offre une alternative à la censure traditionnelle et permet de conscientiser la haine en ligne.
Questions retenues par Solenne
- La ligature peut-elle être utilisé comme système d’identification ?
- Comment la ligature peut-elle faciliter l’apprentissage ?
- La ligature peut-elle permettre de rendre plus lisibles et digestes des concepts tels que les formules chimiques des molécules ?
- L'identification d’abréviations pourrait-elle être facilité par l’utilisation de la ligature ?
- La ligature peut-elle permettre l’accessibilité au langage SMS par tous ?
- La ligature peut-elle être utilisée comme système de censure ?